Préserver les forêts pour les populations et la planète

 

 

 Les populations Ayoreo de l'Ouest du Paraguay, où l’on retrouve les dernières populations autochtones au sud de l'Amazonie, ont un ennemi  qu'ils appellent la bête à la peau de métal et un ennemi mondial. Leurs lances ne peuvent pas pénétrer ses flancs, bien qu'ils aient essayé.

 

 

 Cette bête n'est pas le géant armadillo, une espèce originaire de la région, avec sa carapace osseuse et ses serres qui peuvent rentrer dans une termitière comme un couteau dans du beurre. Il s'agit du bulldozer, qui déchire plutôt le Grand Chaco, la forêt qui abrite les Ayoreo. Entre 1990 et 2011, le Paraguay a perdu plus de trois millions d'hectares de la forêt de Chaco, entraînant le déplacement des Ayoreo et menaçant des créatures de tailles diverses, telles que les armadillos, ainsi que les jaguars, les singes hurleurs et les tapirs.

  

 

Chaque année, plus de 13 millions d'hectares de forêts sont détruits à travers le monde par minutes, soit la superficie de plus de 25 stades de football couverte d'arbres. Cette destruction sépare les humains des forêts qui assurent leurs moyens de subsistance et détruit l'habitat des espèces menacées au sol et même dans les airs. Par exemple, les forêts fournissent l'habitat à plus de trois quarts de toutes les espèces ornithologiques menacées à travers le monde.

  

 

La déforestation et la dégradation des forêts, dues à l'augmentation des surfaces utilisées pour les cultures, les plantations et les pâturages, le développement d'infrastructures, l'exploitation forestière abusive et les feu de brousse, constituent une proportion importante de l'ensemble des émissions de gaz à effet de serres.

  

 

Toutefois, les conséquences environnementales et sociales ne s'arrêtent pas là. Les forêts abritent également une multiplicité de vies et fournissent la nourriture, des médicaments et d'autres produits au humains. Elles nous fournissent également des services, tels que la filtration de l'eau douce dans son écoulement en aval, de sorte que les populations disposent d'une eu potable à boire. En effet, 33 des plus grandes villes du monde se ravitaillent en eau directement à partir d'étendues de forêts protégées. Les forêts contribuent globalement à la subsistance de 1,6 milliard de personnes à travers le monde.

  

 

Dans le cas du Paraguay, le quart des forêts a été dévasté depuis 1990, notamment pour la culture du soja et les pâturages pour le bétail, deux des principaux moteurs de son économie. À l'autre bout du monde, au Nigeria, plus de la moitié des forêts du pays ont été perdue depuis 1990, permettant non seulement l'expansion des activités agricoles mais aussi l'intensification de projets miniers, pétroliers et gaziers. Les forêts ont également été détruites par l'exploitation du bois de chauffage, la première source d'énergie pour environ les deux tiers de la population.

 

 

 Ce que le Paraguay et le Nigeria ont en commun est que les deux pays comptent sur une initiative internationale , la REDD+, pour préserver le reste de leurs arbres. Réduire les Émissions liées à la Déforestation et à la Dégradation des Forêts (REDD+) est un effort visant à donner une valeur financière au carbone stocké dans les forêts, offrir aux pays en développement des mesures incitatives pour qu'ils réduisent les émissions liées aux activités menées sur les espaces forestiers et investissent dans des pratiques de gestion des forêts plus durables.

  

La durabilité est essentielle pour la REDD+. Les pays recherchent comment les forêts peuvent être protégées, et même restaurées, tout en assurant toujours les moyens de subsistance et de survie aux populations qui en dépendent.

  

 

Ce modèle de durabilité est visible au Nigeria. La Cross River State, qui contient plus de la moitié des forêts tropicales restantes du pays, met en œuvre la stratégie REDD+ pour protéger le reste des forêts tout en veillant à ce qu'elles contribuent au développement durable.  Pour un grand nombre de communautés vivant dans ou près des forêts au Nigeria, les produits tels que les mangues sauvages, la viande de brousse et le bois de chauffage jouent un rôle déterminant dans les moyens de subsistance et les économies locales.

 

 

 L'écotourisme est un autre segment croissant de l'économie locale pour les communautés nigérianes. Des voyageurs se rendent dans la Cross River State, pas seulement pour visiter la « mégafaune charismatique », les éléphants de forêt, les gorilles et les chimpanzés, mais pour voir aussi les 900 espèces de papillons qui vivent dans la grande forêt tropicale ou pour découvrir ses montagnes escarpées. L'écotourisme est florissant dans les forêts profondes du monde. A l'échelle mondiale, il constitue jusqu'à 77 milliards de dollars par an.

 

 

 Pour assurer la survie de ces forêts, celles du Nigeria, du Paraguay et d'ailleurs, la REDD+ permet d'augmenter la valeur des arbres aux yeux des des gouvernements nationaux et locaux et d'autres parties prenantes dans les secteurs privé et public. En identifiant là où les activités REDD+ pourraient contribuer à réduire la pauvreté et les inégalités, et soutenir les cultures des peuples dépendants des forêts et autochtones, la REDD+ renforce l'action des ministères de l'Environnement dans la planification de l'utilisation des terres.

 

 

 En d'autres termes, si pour toutes ces raisons, les forêts ont une valeur quantifiable en étant préservées, il devient plus facile de soutenir que le développement économique ne devrait pas les détruire. Plusieurs initiatives, dont le Programme REDD des Nations Unies, l'initiative de collaboration des Nations Unies sur la REDD+, aident les pays à mieux planifier la mise en œuvre de la REDD+ en identifiant la valeur que peuvent ajouter leurs forêts et les activités REDD+.

  

La mise en œuvre de la REDD+ et le lancement des marchés de crédits de carbone qui sous-tendent la nouvelle valeur des forêts du monde, et les économies vertes qui prospèrent dans ces forêts, seront en tête de liste des sujets à examiner dans le cadre des prochaines négociations sur les changements climatiques, la Conférences des parties à la Convention Cadre des nations Unies sur les Changements climatiques, prévues à Lima, au Pérou du 1er au 12 décembre.

 

Les négociations de l'année dernière ont abouti sur des directives relatives au financement, à la transparence et au monitoring. Cette année, les enjeux sont plus importants d’autant plus que le monde continue de perdre davantage de son couvert végétal. Les gouvernement du Paraguay, du Nigeria et de 54 autres pays impliqués dans le Programme REDD+ pour inverser cette tendance, aident leurs populations qui dépendent des forêts et atténuent les impacts des changements climatiques qui nous menacent tous. A Lima et après, nous devons aller au delà de la mise en œuvre de la REDD+ de sorte que nous, en tant que communauté mondiale puissions enfin sauvegarder nos forêts.

 

 

Pour d’amples informations, bien vouloir consulter: ICI

 

 

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